Fini le bled, l’été passe…

Septembre 2008

L’été s’achève. Le village se vide jour après jour. Les hommes et les jeunes en particulier se préparent à rejoindre leur travail dans une ville marocaine, Casablanca, Agadir, Marrakech,  Al Jadida… où ils ont un emploi et un petit revenu, un peu plus de 1000DH,  dont ils donneront une partie à la famille restée au douar de Zennite. Pour certains, il est difficile de se résoudre à quitter famille et amis. Encore un jour, un petit jour, un tout petit… je pars demain, si un pickup passe par là…. Encore quelques promenades à la rivière, quelques chants avec Rachid, Ismael, Lhocine, Moussa, Rahal… “Et puis c’est Ramadan bientôt, je serai loin de la famille… Aller je partirai après… Le patron comprendra”. Pour d’autres, quelques espoirs, ils reviendront pour la fête du sacrifice, en novembre prochain. “Ce sera bien, on va se déguiser de peaux de chèvres et jouer à se faire peur”.

Printemps dans les Seksawa

Mars 2009

L’hiver s’éloigne chaque jour un peu plus. La neige remonte vers des crêtes. La rivière semble aujourd’hui mieux franchissable malgré ses eaux toujours boueuses et tumultueuses. Tant d’eau tombée depuis des semaines ! Enfin! Voilà qui permet d’espérer de bonnes récoltes. Des jours meilleurs après ces années de sécheresse, si les caprices du temps à venir ne leur jouent pas des tours. Des visages croisés dans le village de Zenite près du marabout de Lalla Aziza. Les sourires plantés sur les visages parlent plus que des mots, ils disent bonheurs et peines, défis et fatigues, résignations et espoirs. Les enfants jouent, les hommes refont le pont pour franchir à nouveau la rivière, les femmes et les filles coupent inlassablement de l’herbe pour donner à manger à l’unique vache de la famille, les garçons se promènent au bord de la rivière les yeux visés sur les filles…

Imin’tanoute & Seksawa : échanges et dépendance

Extrait de notes de terrain, septembre 2008…

En montant à Zenit, nous avons essuyé quelques averses, rien 3 gouttes, de quoi moucheter les tissus de nos vêtements. Dans le pickup, une dizaine d’hommes, jeunes et anciens, et 4 femmes âgées. L’une d’elle est malade. La route lui tourne la tête. Faut dire qu’elles sont toujours assises au fond des camionnettes, sur un sac de farine ou autres céréales, sur une caisse de carton, sur une bonbonne de gaz ou encore sur la roue de secours. Une position où elles ne voient pas la route, ce qui les rend malade bien sûr, contrairement aux hommes qui sont debout, amarrés aux bords du véhicule, l’autre main accrochée au voisin quand le pickup tangue un peu trop. Dans le pickup, les gens discutent et rient, mais je remarque que les femmes sont silencieuses. Le vent est fort et chacune avec la main, maintient un foulard qui lui cache une partie du visage, surtout la bouche. (Lire la suite…)

De terre et de pierres

Extrait de notes de terrain, septembre 2008…

 

 

Chaque jour je vois les ânes remonter des outres emplies de sable ramassé dans le lit de la rivière. Celui-ci est utilisé pour l’entretien des maisons : un mur à consolider, un plafond-terrasse à réparer ou à refaire face aux dégradations du vieillissement ou aux conséquences des intempéries. On voit combien la rivière est importante, vitale pour l’eau indispensable et source du sable grossier résultant des apports du cours d’eau. La construction traditionnelle est de loin celle qui domine et façonne le paysage de Zenit et autres villages. Toutefois il y a eu depuis une dizaine d’années, l’apparition de maisons construites avec du ciment, des moellons et des fers à béton. Les propriétaires ont fait peindre les murs aux couleurs rose saumon du sud marocain. (Lire la suite…)

La rude journée de Rabbia

Extraits d’un carnet de notes de terrain…

 

J’ai habité quelque temps chez Rabbia, épouse de Loussen Ait Agdide, lui-même frère de Mustapha. Rabbia est la sœur de hadj Brèque Moustati. La maison paternelle de Loussen étant trop petite pour abriter les 3 frères, leur épouse et enfants et leur mère, Loussen a économisé assez d’argent pour construire une maison dans le bas du village. Cette maison comporte 3 pièces, une cuisine, un coin four et des toilettes. Rabbia a eu 7 enfants, 3 filles et 4 garçons. Le plus jeune est âgé de 8 ans et le plus âgé de 24 ans. Les deux fils plus âgés travaillent à Casablanca dans un atelier de confection et la plus âgée de ses filles est mariée, elle vit chez son époux à Chichaoua. Rabbia est souriante, toujours active, elle parle volontiers. (Lire la suite…)

Une journée à Lalla Aziza

Extraits de carnet de notes…

Lors de ce 3ème séjour en février 2008, il n’y a pas eu de fêtes ou de rassemblements particuliers. Le village coulait des jours « ordinaires ». Le matin les filles et les femmes allaient faire leurs activités vers la rivière. Les enfants allaient à l’école, quelques hommes travaillaient à des travaux sur les maisons, les ruelles ou passages. D’autres hommes allaient ici ou là, voir ce que les voisins faisaient. Ils observaient et discutaient, debout ou assis. D’autres encore ne sont pas là, ils sont partis à pied ou par un pick-up vers Aït Moussa, ou bien Imin’tanout.  Sans doute ont-ils quelques courses, démarches administratives ou tout simplement envie de bouger. Souvent ceux qui descendent à Imin’tanout le font pour 2 ou 3 jours. La vie du village est bien calme. (Lire la suite…)

Le choix de l’épouse…

Extraits de carnet de notes…

 

… Comme lors de mon passage précédent, j’ai observé le rituel des rencontres entre les garçons et les filles au niveau de la rivière, à partir de 17h. Il y a une véritable excitation de part et d’autre. Les garçons regardent avec les yeux qui pétillent les filles qui se déplacent sur le bord de l’asif, ramassant le bois ou coupant de l’herbe, tout en se maintenant à distance. Puis, quelques garçons plus osés s’approchent d’une jeune fille et poursuivent leur chemin de retour vers le village en conversant côte à côte sans réduire la distance. C’est une ballade aux airs romantiques qui peut durer une demi-heure. Jamais ils ne s’isolent vraiment, tout au plus quelques couples se forment à 50 mètres de distance sur le chemin bien tracé de l’asif. Ce jeu quotidien n’est pas une simple activité ludique qui fait rire tout le monde. Il se passe ici une mise en scène sociale dont l’enjeu est majeur. (Lire la suite…)

Au bord de l’asif Seksawa

Extraits de carnet de notes….

Asif à sec - Zinit septembre 2007        LA RIVIERE

La rivière Seksawa est au cœur de la vie du village Zinit, appelé aussi Lalla Aziza. Ici l’eau ( aman, en berbère du Sous marocain) est une des principales activités. Chaque jour, il faut remplir les réserves nécessaires à la cuisine et à la soif et de façon exceptionnelle au lavage du linge. Nous sommes le 25 août 2007, la rivière (asif) qui passe au pied du village est à sec, il faut en amont, marcher à un kilomètre environ, en empruntant le lit asséché de la rivière puis quelques chemins au milieu des figues de barbarie. Là-bas, l’eau coule encore, un peu, mais pour combien de temps ? Au début de mon séjour, l’eau était recueillie à la sortie d’une canalisation en terre (targa), mais très vite celle-ci ne coulait plus. Il fallut alors marcher plus loin… prendre l’eau dans un trou que mes informateurs m’affirment comme une bonne source, bien fraîche. Malheureusement 4 ou 5 jours plus tard, celle-ci ne coulait plus assez, alors la marche pour chercher l’eau sera désormais encore plus longue. Ce sont les enfants et les filles qui font cette activité. (Lire la suite…)