Fiancailles et mariage dans la vallée du Seksawa

Trouver sa future épouse, fêter les fiancailles et faire le mariage sont des moments importants pour les habitants, berbères, de la vallée du Seksawa. Peut-être avez-vous lu des documents ou témoignages  sur ces  cérémonies, ou y avez-vous assisté…

Alors vous pouvez apporter vos commentaires sur ces 2 séries de photos 

Des fiancailles….

maroc-lella-aziza-avril-2007-145-147.jpgmaroc-lella-aziza-avril-2007-182-185.jpgmaroc-lella-aziza-avril-2007-191-196.jpgmaroc-lella-aziza-avril-2007-195-201.jpgmaroc-lella-aziza-avril-2007-198-204.jpgmaroc-lella-aziza-avril-2007-211-079.jpgmaroc-lella-aziza-avril-2007-190-195.jpgmaroc-lella-aziza-avril-2007-214-094.jpgmaroc-lella-aziza-avril-2007-222-097.jpg

au mariage.

dsc06122.jpgdsc06155.jpgdsc06177.jpgdsc06196.jpgdsc06201.jpgdsc06264.jpgdsc06266.jpgdsc06289.jpgdsc06337.jpgdsc06343.jpg354-femmes-mariage-web.jpgGarçon aux yeux maquillés

Publié dans: on 30 mars 2008 at 8:22 Commentaires (2)

Au bord de l’asif Seksawa

Extraits de carnet de notes….

Asif à sec - Zinit septembre 2007        LA RIVIERE

La rivière Seksawa est au cœur de la vie du village Zinit, appelé aussi Lalla Aziza. Ici l’eau ( aman, en berbère du Sous marocain) est une des principales activités. Chaque jour, il faut remplir les réserves nécessaires à la cuisine et à la soif et de façon exceptionnelle au lavage du linge. Nous sommes le 25 août 2007, la rivière (asif) qui passe au pied du village est à sec, il faut en amont, marcher à un kilomètre environ, en empruntant le lit asséché de la rivière puis quelques chemins au milieu des figues de barbarie. Là-bas, l’eau coule encore, un peu, mais pour combien de temps ? Au début de mon séjour, l’eau était recueillie à la sortie d’une canalisation en terre (targa), mais très vite celle-ci ne coulait plus. Il fallut alors marcher plus loin… prendre l’eau dans un trou que mes informateurs m’affirment comme une bonne source, bien fraîche. Malheureusement 4 ou 5 jours plus tard, celle-ci ne coulait plus assez, alors la marche pour chercher l’eau sera désormais encore plus longue. Ce sont les enfants et les filles qui font cette activité. Ils ont entre 8 et 12 ans. Ils arrivent avec leur âne (arioule) chargé sur leur flanc de 2 outres en caoutchouc/pneu. Ils puisent l’eau dans la flaque avec une bouteille plastique ou un bidon et emplissent leurs outres. Parfois à l’aller, ils sont perchés sur leur âne, mais le retour est le plus souvent à pied derrière leur monture. Certaines femmes, plus pauvres, ne possèdant pas d’âne, reviennent en portant leur bidon d’une trentaine de litres au moyen d’une corde qu’elles supportent à partir de leur tête ou de leurs épaules. La prise d’eau est un lieu où il y a une vie sociale animée, il y a toujours quelques personnes : de jeunes enfants et aussi des filles, plus rarement on y voit des femmes, plus âgées, au plus viennent-elles faire la lessive, elles sont alors outillées d’un grand bidon plat en métal, de seau, d’une planche et de la boite de lessive. Ici, on assiste parfois à des disputes ou l’échange de quelques gestes vifs entre leurs enfants pour un tour volé ou une eau souillée; quelques cris et mouvements et tout rentre dans l’ordre. Le calme revient. Le remplissage terminé, filles ou enfants font la route inverse, remontent vers le village par l’un ou l’autre des chemins pentus. Ces jeunes prteurs d’eau s’en retournent chez elles afin déverser leurs outres dans une grande cuve circulaire en plastique (bleue pour la famille de Rachid et Ismaël) ou/et dans une  grande jarre en terre (tiribite) (pour la famille du fiancé). Ces réserves d’eau sont toujours dans l’entrée de la maison, à l’ombre, dans l’espace qui permet d’accéder à la cour intérieure. Si les réserves sont insuffisantes, alors les filles ou jeunes enfants redescenderont pour une seconde ou une troisième livraison. Ce sont rarement les femmes qui sont chargées de ce travail. Quand ces jeunes porteurs remontent l’eau, ils placent leur âne à la porte de la maison, dans la ruelle, et à deux (enfants, filles ou femmes) portent ces lourdes outres jusqu’à la cuve ou la jarre pour la déverser. Toute la journée, la famille viendra puiser l’eau dans ces réserves, pour la cuisine et la soif, pour la toilette et le lavage de la vaisselle.

La rivière est aussi le lieu du lavage du linge. Ce sont les filles et parfois les femmes qui assurent cette activité, elles sont souvent plusieurs à la tâches, c’est un moment de discussion et de rire. Aujourd’hui, il n’y a personne c’est le jour de la fête Aït Mawlid (anniversaire de naissance du prophète). Il n’y a donc pas de lavage ce jour-là, par contre les jours suivants j’y ai vu tous les matins femmes et filles, pieds dans l’eau, équipées de bacs ou de seaux, lessivant, frottant et piétinnant vigoureusement le linge sale.

La rivière est lieu de promenade pour les hommes et les garçons. Cela est un rituel, le matin chacun descend à la rivière. Quand l’eau coule dans la rivière, les femmes restent aux abords immédiats du village, tandis que les hommes s’en écartent en amont et en aval. Ils s’assoient sur une pierre ou un tronc. Certains traversent en sautant de pierre en pierre, ils passent sur l’autre rive et remontent le versant opposé. Là, ils passent de longues heures à discuter ou jouer aux cartes, les plus fortunés fument une cigarette qu’ils partagent avec leur voisin. J’ai vu certains jours quelques vieux hommes descendre mais ne pas s’éloiger, ils transportent avec eux un tapis, le récipient à chauffer l’eau et le thé qu’ils savoureront ensemble lentement à l’ombre, tandis que 100 mètres plus loin les femmes lavent.

 Puiser l’eau - Zinit septembre 2007 L’eau et la vie

La rivière est un bien précieux pour l’eau qu’elle fournit abondamment, sauf dans les mois d’été où il arrive qu’elle ne coule plus, nécessitant d’aller chercher très quelques minuscules sources et/ou tirer des tuyaux pour nourrir les 300 personnes du village. Les caprices de l’oued sont redoutés tant pour les manques réguliers (de juin à octobre), que pour ses excès. Ainsi il y a 3 ou 4 ans, en quelques heures, l’oued a beaucoup grossi et ses débordements violents ont fait céder les bords de la rivière, inondant et détruisant les terrains de culture de blé, de fèves et autres légumes. Ces ravages de l’eau ont aussi détruit les canalisations de terre (targa) qui irriguent les cultures en aval du village. Les hommes partis en ville, immigrés de l’intérieur comme il est écrit ailleurs, n’ont pas réparé tous ces dégâts. Les cultures sont ainsi moins productives, laissant s’installer une économie qui repose de plus en plus sur l’argent gagné en ville, à Imin’tanout, Agadir, Casablanca ou Marrakech. La ressource locale disparaît avec le départ des hommes mais il n’en reste pas moins que l’eau de la rivière reste indispensable et vitale pour ce village habité par les femmes, les enfants et les anciens.

Des espoirs sont exprimés sur la question de l’eau potable. Il y a un projet d’alimentation en eau pour tout le village qui ne seraitt plus sous la forme d’un prélèvement dans l’oued, mais dans un nouveau puits, hors de portée des caprices de la rivière (référence à l’ancien puits, cent fois submergé). Ce nouveau puits est en cours de creusement (en avril 2007, il avait une réserve encore insuffisante, de 6 mètres), mais les autorités ne payant pas les frais et les ouvriers, il fut momentanément interrompu.  Le responsable du village m’a montré le devis des travaux d’adduction d’eau, les papiers portent la mention d’engagement des autorités pour payer le coût. Le projet consiste à creuser un puits profond, à prélever l’eau au moyen d’une pompe puissante qui  la remonterait dans une réserve située au-dessus du village et de là, au moyen d’une tuyauterie amener l’eau dans chaque maison; la partie de 1,50m entre la canalisation passant dans les ruelles et la maison et le compteur restant aux frais des familles, soit 200DH. Cela apportera un changement profond dans les rituels quotidiens des femmes du village. Ce sera sans nul doute un progrès, un confort ménageant la fatigue et la santé des femmes et des enfants. Mais le coût de l’eau sera-t-il un obstacle ?

En avril dernier, 5 mois avant, le forage d’un puits était commencé. Aujourd’hui début septembre 2007, il est terminé. Il fait 36 mètres de profondeur. Mohamed, Slimane et leurs frères me parlent de cela avec fierté. Je sais que le projet sera de puiser l’eau pour emplir un château qui sera au-dessus du douar. Ce Chateau d’eau n’est pas construit, il faut attendre encore. Actuellement 2 ou 3 familles qui ont des moyens financiers ont acheté une pompe électrique et en déplaçant un très long tuyau, ils remplissent leur propre réserve, souvent de gros bidons de plastiques. C’est un luxe quand on voit combien il faut peiner pour faire ces nombreuses tournées avec l’âne. Un luxe aussi car l’eau du puits est sans doute de meilleure qualité sanitaire que celle puisée ici ou là dans l’oued (assif) Seksawa. L’eau est un bien précieux qui suscite beaucoup d’accords entre les gens et les villages. Mon informateur m’a dit qu’autrefois ceux qui étaient dans le bas de la vallée « payaient » à ceux en amont. Si cela ne se fait plus, il pense qu’il y a toujours un « cadeau symbolique »…

En septembre, souvent je me suis rendu à la prise d’eau à un ou deux kilomètres, sur le chemin qui parcourt l’asif vers Tagounit, cédant ainsi au rituel local. J’y vais parfois pour écrire, à l’écart du chemin et à bonne distance pour observer… Il passe continuellement des personnes, certaines viennent pour l’eau ou la lessive, tandis que d’autres s’y promènent ou encore se dirigent dans le carré de terre qu’ils cultivent en légumes (courgettes, tomates, aubergine, maïs, menthe, poivrons). D’autres remontent l’asif beaucoup plus loin, ce sont des hommes qui vont faire leur toilette dans un trou d’eau. Lors d’une promenade où nous avions pris (sur un âne) de quoi manger et cuisiner le tagine aux lapins, Slimane et son frère se sont isolés pour faire leur toilette complète.

La rivière est aussi le lieu des rencontres plus intimes, le soir venu des garçons descendent à la rencontre de quelques jeunes filles, moments des demandes en mariage où le garçon va proposer ses services en même temps que son désir «je te veux»… Slimane m’explique que la courre d’une fille n’a rien de «romantique». Le garçon ne lui dit pas des «je t’aime  comme vous le faîtes en Europe». Ici on dit à la fille «je te veux». Il n’y a pas, selon lui, de mots pour dire l’amour.

…Pendant les jours de fête de mars dernier, on me dit que des prostituées d’Imin’tanout sont montées et que les garçons (et les hommes ?) descendent à la rivière pour «se décharger» au prix de quelques 15 ou 25 DH. Ceci est l’occasion de quelques bagarres entre les jeunes du village et des visiteurs. Ils disent s’être battus contre un autre prétendant faisant des avances à des filles du village. Ils manifestent de toute évidence un droit de priorité ou de protection au regard de ces visiteurs inconnus et venus d’ailleurs.

Sécheresse Asif Zinit septembre 2008

Publié dans: on 24 mars 2008 at 5:09 Commentaires (0)