Notes de terrain – novembre 2011 :
Certains jours de novembre peuvent être gris, pluvieux, froid, venteux, neigeux. Cela contraste fortement avec les journées de mai à octobre.
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Aujourd’hui, nous sommes le 6 novembre, le soleil est là mais il ne chauffe pas, il vient de moins en moins. L’air frais, renforcé par le vent, se fait chaque jour sentir davantage. En ce début de mois, le soleil vient éclairer le douar vers 9h30 et au grand regret de tous il disparaît derrière la crête vers 16h30.L’activité des habitants des douars des Seksawa reste néanmoins la même. Les femmes iront faire la lessive à la rivière, les hommes feront les travaux des champs et des maisons. Ainsi à chaque instant, leur faudra-t-il, pour les mois à venir, vaincre cet ennemi climatique. Dans les ruelles, aux portes des maisons, on entend sans arrêt « Ass’mend, ado, atfel !» (il fait froid, le vent, la neige ! en tamazigh). Les jours passent, voilà la pluie et le brouillard sur les sommets. Nous essuyons des averses à répétition, quatre jours durant. Finies les belles journées. Dès lors il faut s’habituer au temps variable. La température descend jour après jour, à peine 12/13°C au plus fort de l’après-midi. Les pièces de la maison se refroidissent, les quelques rayons du soleil ne suffisent plus pour leur apporter de la chaleur. Autour de nous, nous voyons la neige recouvrir les sommets ; certes les rayons du soleil de la journée la fait remonter mais la nuit suivante elle redescend. Chaque jour un peu plus. Les douars des territoires des hauts-Seksawa, Anchkrir, Tassilit, Assiki, Aït Zemlal, Aït Agduze… s’enfoncent dans un hiver dur, court certes, mais rude. Les vêtements chauds sont sortis de la malle. Ce matin, les villageois ont mis des habits plus épais et ont empilé plusieurs vêtements les uns au-dessus des autres : plusieurs chemises, plusieurs pulls, plusieurs pantalons, plusieurs vestes, plusieurs djellaba… Les femmes enveloppent leurs cheveux avec des foulards bien fermés. Les enfants prennent djellaba, gants et bonnets plus ou moins usagés. Les hommes mettent leur djellaba épaisse, ils portent bonnet ou chèche bien serré sur la tête. Le soir venu, certains se couvrent d’une épaisse, longue et lourde cape de laine - vêtement chaud et imperméable, à grande capuche, porté par les bergers. Accroupis le long d’une roche ou sur un caillou, ils semblent se blottir sur eux-mêmes, sous une « tente originale », ainsi font-ils comme les bergers, leur père et grand-père, devant passer la nuit près du troupeau. La froidure fait ses premières victimes : toux, gouttes au nez, conjonctivite et mal d’oreille. Sans médicaments ou presque, les affres des coups de froid auront du mal à disparaître, pour cela il leur faudra attendre le retour des jours chauds, en mars prochain. Quand ils se sentent fébriles, pour des maux de ventre se faisant sentir, une petite cuillère de curcuma sera le remède, ou encore une fumigation de graines ramassées sur le flanc de l’adrar, ou bien un trait de kool sur le bord des paupières boursoufflées. Mon dieu, combien ils souhaiteraient un cachet d’aspirine qu’un visiteur leur aurait donné. Mais non ici ce sont les médecines naturelles éprouvées depuis des générations qui ont raison de toutes ces fragilités. La vie ici est difficile, la nature est ingrate et les habitants de ces montagnes sont robustes. Combien cette vallée des Seksawa leur est donc chère pour qu’ils puissent y rester ? Au douar, les maisons sont organisées autour d’une cour intérieure, seul espace de transit interne, les pièces ne communiquent pas entre-elles, ou très rarement. Le froid et l’humidité des jours derniers envahissent les maisons dont les pièces non munies de fenêtres précisément ajustées ne sont pas étanches aux courants d’air, les vitres y étant assez rares, tout comme les volets de bois. Les mois d’hiver commencent. La vie se ralentit. En ces jours de novembre, 18 heures, la nuit noire renforce cette impression d’une vie entre parenthèses. La soirée est longue. Tous regrettent les bonnes journées et soirées chaudes des mois passés. Lorsque la froidure est trop dure, les seksawi se rassemblent autour du braséro à cuire le tagine. C’est leur seul chauffage. Aussi aux moments les plus froids chacun se recouvre d’une couverture qu’il partage avec son voisin, son frère, son cousin. Même s’ils ont en permanence les pieds et mains gelés, ils se sont aguerris au froid depuis leur plus tendre enfance, qu’ils compensent aussi par un changement de nourriture. Les repas cuisinés par les femmes sont composés alors d’aliments supplémentaires pour vaincre le frimas : soupe, lentilles, fèves, thé à l’absinthe, oranges quand ils sont descendus au souk.